jejouedupiano.com, qui se dit le premier consacré aux cours de piano en ligne pour tous les niveaux, offre aussi des entretiens, des commentaires d’experts  sur des interprétations trouvées sur YouTube, et un premier dossier :  Les conseils de Pierre Malbos pour acheter et entretenir votre piano

Les informations présentées sont très justes.   Si vous voulez acheter un piano, l’expert vous met en garde contre un vendeur de piano qui dirait: « Oui, là il n’est pas bien, mais vous verrez, après une préparation chez vous, ça sera le jour et la nuit ! ». Ce que l’on a envie de trouver dans un instrument doit être présent lors de l’achat, dit-il avec raison.

Puis:  » Il faut s’assurer que le piano que l’on a essayé et choisi en magasin va bien être celui qui sera livré. Je conseille donc de bien noter le modèle et le numéro de série et de préciser au vendeur que l’on veut ce piano et pas un autre »  Très judicieux !

Il insiste pour que l’acheteur fasse appel à un professionnel indépendant avant d’acheter un piano usagé.

Au sujet de l’entretien, après avoir parlé de l’accord et des réglages mécaniques, ce qu’il dit de l’harmonisation mérite d’être souligné:   »Cette opération ne peut se réaliser en une fois, c’est un travail de longue haleine, par petites touches et en plusieurs étapes. Il y a tout d’abord un travail technique de piquage. Il faut ensuite laisser reposer et que le pianiste joue avant de reprendre les choses quelques temps après.  Les meilleures harmonisations s’appuient sur le temps. Une harmonisation réalisée en une fois peut permettre de rattraper quelque chose mais ne durera pas. »

Enfin, je reproduis aussi sa réponse à la question « Comment trouver un bon accordeur »

« C’est une chose assez difficile car les clients ont souvent du mal à juger ce travail complexe. Le bouche à oreille me paraît être une solution. Plutôt que de parler de bon ou de mauvais accordeur, je parlerais de personne avec qui le pianiste doit instaurer une relation dans la durée. Il doit y avoir de la part du technicien une orientation, une façon d’aborder le son qui doit correspondre à ce qu’attend le pianiste. Par conséquent, chaque pianiste peut trouver son accordeur, sans penser qu’il y en a un meilleur que l’autre. La question ne se pose pas en terme de qualité mais en terme de compréhension. La notion de suivi me paraît primordiale. Il est préférable de faire intervenir toujours la même personne, qui puisse s’appuyer sur son travail précédent pour améliorer le piano à chaque passage. Lorsqu’un accordeur découvre un instrument, il lui faut un temps d’adaptation. Le premier accord est rarement le meilleur parce que chaque technicien a un geste particulier, sa propre façon de tourner la cheville, de caler l’accord, qui font que le piano va réagir aux différemment en fonction de l’accordeur. Quand il est habitué au même type de geste, il va être beaucoup plus stable. L’accordeur et le piano doivent s’accorder. »

Très éclairant ! Je suis d’accord.





La liste de discussion Pianotech de la PTG est un espace de partage et une source d’information très importante pour les techniciens du monde entier. Cette semaine, un sujet passionnant a été proposé par Nick Gravagne, de l’Arizona, un technicien réputé et formateur apprécié.

Un magasin de piano a fait appel à ses services pour travailler sur quatre nouveaux Mason & Hamlin qui présentent un problème: bien que le son de ces pianos présente de belles qualités d’enveloppe et de soutien, ça sonne comme de « l’artillerie » et les notes de la section de la mélodie s’apparentent à « des coups de fusil dans une salle de bain ».

S’ensuivent des recommandations au sujet des outils et techniques employés par chacun pour faire face  à cette situation et des témoignages plus colorés, comme celui de Dale Erwin, cinglant,  irrité par les raisons invoquées par les manufacturiers pour des pianos livrés avec des marteaux trop durs : « il faut laisser le technicien effectuer l’harmonisation selon le lieu particulier où sera entendu le piano » ou bien « les gens demandent des pianos brillants ». Les solutions ? Endurer, essayer la solution d’alcool et d’eau, piquer furieusement les marteaux jusqu’à épuisement ? Et ensuite, prendre le blâme si ça ne donne pas les résultats escomptés ?

Il en a trop bavé dans le passé, dit-il:  » remplacez ces marteaux par de meilleurs marteaux neufs,  en n’en parlons plus ! »

David Stanwood et Del Fandrich, deux légendes modernes parmi les techniciens, apportent une excellente contribution en partageant leurs points de vue:

Ils sont heureux de constater un retour vers les marteaux pressés à plus basse température, utilisant le feutre non traité, et ce même parmi les manufacturiers avec leurs impératifs de productivité et d’efficacité (Young Chang et Hailun en particulier). Des raffinements aux techniques ancestrales permettent aujourd’hui encore de répondre à cet idéal dans la fabrication des marteaux pour pianos: « …obtenir une fondation ferme, avec progressivement plus de souplesse et d’élasticité vers la surface, qui elle, doit être douce et soyeuse pour permettre les nuances les plus subtiles, avec en même temps assez de soutien et de résistance en profondeur pour des FF puissants et riches. »

« L’obsession de la puissance porte à négliger les couleurs plus intimes et les pp magiques« , dit David Stanwood.

Del Fandrich affirme que OUI, on peut avoir toutes la gamme des possibilités expressives dans un seul marteau qui aurait été fabriqué avec soin et intelligence, sans devoir appliquer de techniques violentes et destructrices de piquage intensif. Il mentionne aussi avec raison que tous les marteaux ne conviennent pas à toutes les applications: Un grand Yamaha de concert ne requiert pas les mêmes marteaux qu’un vieux Steinway reconditionné…

Tout ceci est cohérent avec ce courant moderne vers l’écologique, le naturel, l’économie d’énergie et la qualité de l’environnement. Des marteaux faits de feutre biologique et équitable, ça sonne doux à nos oreilles, ou magnifiquement fort, comme on veut !





« Le drame du pianiste, c’est que son action est exclusivement verticale. C’est le défi permanent de notre art. »
-Leon Fleisher

Au piano, tout son émis est aussitôt voué à l’extinction. Le pianiste doit composer avec cette réalité en tentant de donner l’illusion de l’horizontalité, de la connexion entre les notes, quand la musique interprétée est mélodique.

Le technicien  connaît ce paradoxe et doit tenter d’aider le musicien dans cette tâche.

On peut favoriser l’impression de legato par divers moyens rassemblés sous la rubrique « harmonisation »: Les points de terminaison des cordes doivent être bien nets pour que la vibration soit transmise efficacement à la table d’harmonie, le marteau doit frapper les trois cordes (ou les deux) en même temps et de la bonne manière, le son doit être bien cohérent d’une note à l’autre,  pour encourager les « bonnes harmoniques » et un bon soutien des sons. C’est cette capacité des sons à maintenir une belle progression dans le temps après l’émission qui permet de « faire chanter » le piano autant que possible.

C’est d’ailleurs une façon de juger la qualité d’un instrument: jouer des notes longues dans tous les registres, écouter l’évolution du son. On préfère un son qui reste le plus longtemps et qui diminue selon une belle courbe régulière, sans baisse soudaine à aucun moment.

Un piano bien accordé aura d’ailleurs déjà une longueur d’avance: les vibrations bien synchronisées vont se renforcer mutuellement pour que le son dure longtemps, alors que des vibrations désordonnées vont se combattre et s’annuler.

En vérité, cependant, les choses musicales sont beaucoup du domaine subjectif.  « Faire chanter » le piano tient au moins autant à la qualité de la « pensée » du musicien au piano qu’aux aspects techniques ci-haut mentionnés.

Écoutez cette pianiste mythique: Malgré le vieil enregistrement, sa pensée musicale et son legato extraordinaire nous parviennent inaltérés.





La convention annuelle de la Piano Technicians Guild se tient  cette année du 14 au 19 juillet à Grand Rapids, à 50 km à l’est du lac Michigan et à 11 heures de route de Montréal.

Parmi les nombreux ateliers proposés, je suis particulièrement intéressé par ceux traitant de l’harmonisation, une discipline spécialisée qui consiste à obtenir la sonorité désirée en intervenant sur les marteaux, les piquant, les sablant, les enduisant de différentes mixtures et les triturant de diverses manières. Par extension, tout le travail effectué sur un piano, de l’accord à la mise à niveau des cordes en passant par tous les réglages, participe à la sonorité de l’instrument et donc, relève de l’harmonisation.

Andre Oorebeek de Hollande et Roger Jolly des États-Unis, deux experts réputés, seront présents. La convention 2009 sera celle de l’harmonisation pour moi!

Mise-à-jour 21 juillet: Mes attentes ont été comblées. Les grands noms du monde du piano étaient là. J’ai particulièrement apprécié mes moments avec André Bolduc, Rick Spalding, David Stanwood, André Oorebeek. Ce dernier nous a donné une pleine journée passionnante, multi-sensorielle et stimulante aux commandes de ses aiguilles pour faire s’épanouir le son des marteaux Renner en version « beta », les Weickert Felt. Les mêmes marteaux sur un autre piano furent une occasion de constater les effets d’une autre technique, celle-là plus douce et précise, de travailler la « chair » du marteau que constitue le feutre, matière noble, vivante, interactive: celle de Rick Spalding sur un piano de Michael Spreeman, le fabriquant de mon coup de coeur musical de la semaine: le piano Ravenscroft.
Je suis invité à aller visiter leur atelier en Arizona:  Qui veut m’accompagner?





Steinway est dans une classe à part dans le monde du piano. Les pianos Steinway dominent outrageusement le marché au chapitre de la notoriété et de la valeur perçue, ainsi que par la quantité d’artistes qui les préfèrent à tous les autres.

Ils se distinguent aussi dans leur construction par des particularités qui exigent du technicien chargé de leur entretien des compétences spécifiques.

Kent Webb, un directeur des services techniques de Steinway New-York, était invité par le chapitre d’Ottawa de la PTG pour une pleine journée de formation et d’information à l’école de musique Crane de la « State University of New-York », à Postdam, ce samedi 23 mai 2009.

Comment la compagnie réussit-elle à composer avec la situation économique? Quelle est la présence de Steinway en Asie? Pourquoi cette école de musique où nous étions reçus porte-t-elle la mention « École Steinway » et qu’est-ce qu’un « artiste Steinway » ? Nous avons profité de la présence de Kent Webb pour poser toutes ces questions, et d’autres que des rumeurs alarmantes suscitent. Oui, la compagnie fait des profits malgré la situation économique, et oui, elle pourrait tenir le coup pendant plusieurs mois de déficit. Non, il n’est pas question de fermer les portes.

Tous écoutent avec intérêt

Tous écoutent avec intérêt

Sur un plan plus technique, la science de l’harmonisation (voicing) a retenu notre attention pendant la plus grande partie de la journée. La mise au niveau des cordes et l’ajustement précis de la frappe des marteaux sur celles-ci, le traitement à la laque des marteaux eux-mêmes, qui diffère selon l’origine Américaine ou Allemande, le sablage qui leur donne la forme idéale, le piquage profond ou superficiel, l’ajustement du point de frappe, tous ces aspects nous ont été démontrés de façon éloquente aussi bien théoriquement qu’en pratique sur le magnifique piano ( un modèle B de 7 pieds) mis à notre disposition.

C’est la patience, la sensibilité et le savoir-faire du technicien-presque-artiste qui donnent au piano sa voix, sa capacité d’expression, pour en faire  « le véhicule transparent de la création musicale » tel qu’énoncé par Kent Webb comme devise de Steinway.



Photo : Celia Raquel Jimenez