Für Anna Magdalena

15 janvier 2012


Ça commence bien l’année !

Je suis excité de vous présenter pour la première fois un article d’une rédactrice invitée, Lucie Renaud. Vous avez lu ses présentations au concert ou ses articles dans La Scena Musicale, vous la découvrirez passionnée de littérature et partageant les moments quotidiens sur Le Clavier bien tempéré. Elle me fait le grand plaisir de partager ici une lettre émouvante que Jean-Sébastien Bach aurait pu écrire à sa femme Anna-Magdalena.

Merci Lucie.

 

Ma mi, ma réson de vivre,

Quand tu trouveras ces feuillets déposés sur ton instrument, j’arpenterai les corridors de Saint Thomas entre deux répétitions. Je sais combien, ces jours-ci, tu te sens alourdie par ce nouvel être que tu portes et que j’aime déjà de tout mon être. Même si tu penses que j’y suis aveugle, je collectionne les petits gestes d’amour que tu poses au quotidien : la préparation des repas et la tenue de la maison, la tendresse que tu témoignes à nos enfants, la façon dont tu leur transmets les rudiments de la théorie musicale, ton rire qui s’unit aux leurs lors des séances de jeux. Je reconnais aussi l’étincelle qui passe dans ton regard lorsque tu réussis à voler quelques instants pour t’asseoir à l’instrument, seule face à ta musique, que ta voix s’élève sotto voce, dans la nuit largement entamée.

Tu te rappelles l’autre soir, je t’ai joué le début d’un Andante, inspiré par une page de Marcello entendue au café, devenue mienne, devenue tienne? Ton soprano cristallin a enlacé le chant de la main droite dès la deuxième phrase, avec une passion à peine contenue qui m’a d’un seul coup replongé quatorze ans en arrière, ce jour où tu m’as dit « oui », que tu as tourné le dos à mon passé pour te concentrer sur notre avenir. Les volutes que j’ai inscrites dans ces quelques pages, elles te représentent toutes : l’arc de tes sourcils, l’ourlé de tes lèvres, la délicatesse de ton oreille, la cambrure de tes reins, l’arrondi voluptueux de tes seins, le creux de ton dos, tordu par le poids de l’enfant à naître, le délié de ton cou, encore si somptueux, le galbe de tes hanches, la plénitude de ton ventre, la grâce qui habite en tout temps tes doigts, tes poignets. Sous ces courbes, tes courbes, j’ai noté une pulsation, en main gauche, battement constant de mon cœur, de mon corps, quand je te contemple ou, entre deux cours, deux cantates, mes pensées volent vers toi.

Je le devine, je le perçois, je ne te consacre pas suffisamment de temps, l’esprit alourdi par ces obligations à remplir, semaine après semaine, mois après mois, année après année. Tu as accepté, en t’offrant pour la première fois, cette nuit-là, la place qu’occupaient la musique, la foi, dans mon existence. Je ne t’ai jamais remerciée pour cette abnégation, cette sollicitude, la solitude créatrice à laquelle tu renonçais pour que je puisse vivre la mienne. Je ne t’ai jamais avoué que personne ne m’avait jamais touché comme tu avais su le faire, lire en moi comme en une partition, devenir contresujet d’une fugue à deux voix qui jamais ne s’achèvera, même quand j’aurai fermé les yeux pour toujours.

Pour toutes les fois où je ne t’ai pas dit « Je t’aime », approprie-toi une de ces phrases, fais-la danser, comme si tu te coulais dans mes bras, le temps de quelques pas esquissés dans le silence, dans la confiance. Pour toutes les fois où j’aurais voulu te chuchoter « J’ai besoin de toi », ancre tes doigts dans les doubles tierces, car elles représentent notre périple, note à note, main dans la main, cœur contre cœur. Pour toutes les fois où tu as suscité le jaillissement l’étincelle créatrice en moi sans le savoir, en solfiant une ligne, en corrigeant le doigté de Wilhelm Friedemann, de Carl Philip Emmanuel, en essuyant une larme en pensant à tous nos petits disparus bien-aimés, j’inscris « Merci » entre deux cadences, deux respirations. Cet Andante, il t’appartient, comme je t’appartiens, aujourd’hui comme hier, comme demain, pour l’éternité.

Ton Johann Sebastian

© Lucie Renaud

Écrit en prolongement du deuxième mouvement du Concerto italien de Bach, BWV 971

 

 





Décorations.

J’aime ces petits dessins qui ornent l’intérieur des vieux pianos.

Récemment, je ne suis mis à les photographier, pour rendre hommage aux artisans de jadis et pour qu’il en reste une trace alors que ces vieux instruments sont progressivement mis hors service. Voyez quelques-unes de mes photos sur Flickr.

Facile d’imaginer les nouveaux propriétaires d’il y a cent ans montrant fièrement l’intérieur de leur récente acquisition. Dans le temps, on prenait le temps de faire et on prenait le temps de voir!

Ces petits dessins gracieux n’existent plus dans les pianos neufs d’aujourd’hui.

Je serais heureux que vous apportiez votre contribution: vous pouvez ajouter des photos de l’intérieur de vos vieux pianos sur la page Facebook de Piano Technique Montréal.

Au plaisir…


 





Mon amie Diane, qui habite à Rosemère, m’a raconté que sa voisine a reçu la semaine dernière la visite d’un accordeur de piano comme dans l’ancien temps. Il passait de maison en maison pour offrir ses services.

L’accordeur itinérant se promenait d’un village à l’autre, l’air bizarre, regardé avec un mélange de crainte, de mépris et de curiosité. Le mot se passait: l’accordeur était en ville. Du presbytère au bar, du notaire au barbier, il touchait tous les pianos en échange d’un nouveau chapeau, d’un repas, d’un lit pour la nuit ou de quelques pièces de monnaie. Quand allait-il revenir ? Inutile de lui demander: il reviendrait quand ça lui conviendrait.

On trouve un vieil article qui relate que Charles Fisher, un accordeur de piano itinérant, a été ramené de Chicago par le  shérif du comté, quelques heures après avoir séduit et emmené  mademoiselle May O’Connor, la fille d’un riche résident de Harvard dans l’ Illinois. Les autorités l’ont protégé avec difficulté de la foule indignée avant que le juge ne le condamne pour enlèvement. Miss O’Connor, elle, est retournée sagement à la maison. L’histoire ne dit pas s’il a au moins accordé son piano…

Le père de Gilles Villeneuve, le coureur automobile légendaire, était accordeur de piano itinérant.

 





Je mesure toujours le taux d’humidité relative dans les endroits où je travaille sur un piano. Cet hiver, ça tournait autour de 18% (au 15 février) (30% au 28 avril, 45% au 17 juin). Imaginez l’effet sur un instrument de musique qui était dans un environnement à 70 % à la fin de l’été !

Combien avez-vous à la maison à travers les saisons ?

Les petits appareils de mesure très peu chers sont trop imprécis: j’en avais un qui n’indiquait jamais moins que 50%.

Nous utilisons un appareil professionnel:

Un hygromètre mesure le taux dhumidité relative

Un hygromètre mesure le taux d'humidité relative

On peut fabriquer à la maison un appareil qui mesure le taux d’humidité relative selon la méthode bulbe sec-humide. Dans un psychromètre, deux thermomètres sont utilisés côte à côte : l’un d’eux est muni d’une ouate mouillée. La taux d’évaporation de l’eau est fonction de l’humidité relative dans l’air (ce que nous cherchons à mesurer), et l’évaporation de l’eau de cette ouate provoque une baisse de la température mesurée proportionnelle à la vitesse d’évaporation. Un tableau spécial est consulté avec la température de l’air et la température mesurée du bulbe humide comme paramètres, ce qui nous donne notre taux d’humidité relative.Un psychromètre

Il faut placer le tout dans un courant d’air provoqué par un ventilateur, par exemple, pour que la mesure soit concluante.

Si vous achetez un appareil, vérifiez qu’il soit certifié pour une précision d’au moins +- 5% (Il faudra payer plus que $25).

 





Je suis d’accord avec eux: Le piano Ravenscroft est le meilleur piano au monde. (D’accord, disons, un des meilleurs pianos au monde) J’ai eu l’occasion de l’essayer- voyez mon article ici

C’est le pianiste de jazz Bob Ravenscroft qui a commandé à Michael Spreeman un instrument qui pourrait enfin le libérer des limites des instruments disponibles, et ce sont deux pianistes de jazz qui en parlent ici, mais l’instrument que j’ai joué est absolument magnifique pour le répertoire classique aussi. J’aimerais l’entendre dans une grande salle avec orchestre, mais on m’assure que le piano s’est montré à la hauteur.



Le piano mécanique s’est tu

27 septembre 2009


Ce piano mécanique, comme une montre cassée qui indique l’heure de la catastrophe, affiche les paroles de la dernière chanson qui a ému les auditeurs il y a plusieurs années lorsqu’il s’est définitivement arrêté.

Ce piano mécanique sest arrêté là

Ce piano mécanique s'est arrêté là

Blue, blue, my world is blue….

Un poète saurait traduire le sentiment de nostalgie qui émane de cette histoire.

Le piano mécanique

Le piano mécanique





La marque Chickering sur le couvercle La marque Chickering sur le couvercle du clavier

J’ai travaillé sur ce  piano à queue de 6’4 qui montre une qualité d’exécution peu commune. Si toutes les étapes de l’assemblage ont été aussi soignées que le laisse penser l’alignement parfait des vis de la penture du couvercle, c’est un exemple de ce que l’Amérique a produit de plus beau dans la facture du piano au 20e siècle.

Pouvez-vous distinguer le numéro de série en lettres noires sur le cadre de fonte à l’intérieur? En consultant le Pierce Piano Atlas, ce numéro de série nous donne 1941 comme année de fabrication. L’usine était établie à East Rochester dans l’état de New-York jusqu’à la fermeture en 1982. Aujourd’hui, la compagnie des guitares Gibson possède le nom Chickering mais ne commercialise plus de  piano sous cette marque.

Les vis de la penture sont toutes parfaitement alignées Les vis sont toutes parfaitement alignées




Le pianiste américain Harvey Lavan Cliburn, plus connu sous le nom de « Van » Cliburn, est devenu célèbre à l’âge de 23 ans alors qu’il gagnait en 1958  la première édition du Concours International Tchaikovsky à Moscou, justement inauguré pour prouver la supériorité de l’URSS dans le domaine artistique comme dans le domaine technique avec le succès tout récent du Spoutnik  lancé dans l’espace quelques semaines auparavant.

Van Cliburn fut reçu en héros avec une grande parade dans New-York, et un concours fut mis sur pieds en son honneur.

Nous pouvons regarder les performances des concurrents sur le web à l’adresse: http://www.cliburn.tv/

Steinway est le fournisseur exclusif du concours comme vous  le constaterez, la marque étant bien en évidence sur le piano dans tous les angles de caméra.

Il est à noter qu’un concurrent, Nobuyuki Tsujii, est non-voyant. C’est impressionnant de le voir posséder tout l’espace du clavier de cette manière.

Est-il vrai qu’il y a chez Van Cliburn une grande plate-forme sur laquelle on glisse son piano pour des concerts à l’extérieur? Si vous avez un projet similaire, je pourrais vous aider à le réaliser.



Photo : Celia Raquel Jimenez